L'Europe ne fait plus recette

Publié le par Dess Ihecs JE

  Les Etats-Unis constituent un petit continent qui se regarde le nombril », ironise Alan Riding, correspondant culturel à Paris auprès du quotidien américain New York Times. Les Américains se désintéressent du monde et les informations internationales n’y font plus la une. Les médias préfèrent fermer leurs bureaux étrangers et se concentrer sur une information nationale. Le réseau des correspondants américains diminue à vue d’oeil : de 188 correspondants répartis sur la planète en 2002, leur nombre est tombé à 141 en 2006.

Pour des raisons économiques et stratégiques, l’Europe est la première zone à être touchée. Continent en paix depuis de nombreuses années, cela fait bien longtemps que les histoires européennes ne font plus de vagues outre-Atlantique. Au temps de la guerre froide, le continent était au coeur de toutes les attentions. Maintenant, il ennuie. Teri Schultz, journaliste free-lance à Bruxelles pour les radios publiques américaines NPR et Voice of America, explique: « Couvrir Bruxelles aujourd’hui, c’est très dur. Les institutions me passionnent mais n’intéressent pas le public : je n’ai même pas réussi à vendre les cinquante ans du Traité de Rome à mes employeurs! »

De son côté, Alan Riding remarque cyniquement que « pour couvrir l’Europe, il faut absolument sortir de Bruxelles. L’Union européenne ennuie. Ce qui est intéressant, ce sont les questions d’immigration ou de santé. »

Avec la fin de la guerre froide, la zone médiatique s’est déplacée à l’est : l’émergence économique de l’Asie au premier rang et la guerre en Irak poussent le Moyen-Orient et l’Asie sous le feu des projecteurs. Les journaux américains encore représentés en Europe se comptent sur les doigts de la main : New York Times, International Herald Tribune, Washington Post et Los Angeles Times à Paris, Londres, Berlin, Francfort et Moscou. 

"Just-in-time News"

Dorénavant, l’information internationale est principalement couverte en temps de crise. Les Américains appellent cette tendance : « Just-In-Time News ». Dès qu’un événement important éclate, un envoyé spécial est dépêché sur place. Neal Shapiro (NBC) explique ainsi à l’American Journalism Review que les médias sont en train de produire une information réactive et non plus proactive.

Dans cette jungle médiatiques, ce sont les informations financières ont le vent en poupe. Les médias tels que Bloomberg (agence et TV économiques), ou le Wall Street Journal sont en pleine expansion. Jesse Lewis, du Wall Street Journal Europe, explique : « Nous n’avons aucune intention de fermer nos bureaux en Europe. L’économie a un impact planétaire et notre lectorat s’intéresse donc au monde entier. »

L’argent est le nerf de l’information.

Philomène Bouchon.

Publié dans News

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